Jackson Paulo Jacinto : To Lille from São Paulo

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Arrivé en 2008 à Lille avec juste un kimono à la main, Jackson Paulo Jacinto avait un projet : enseigner et développer le Jiu-Jitsu Brésilien au Nord de Paris. Personnage sympathique et souriant, le titulaire de plusieurs titres internationaux nous fait vivre un voyage vers le Brésil.

Bonjour Jackson, peux-tu te présenter ?

J.P : Je m’appelle Jackson Paulo Jacinto, je viens de Franca, une petite ville au Brésil dans l’état de São Paulo. J’ai commencé le Jiu-jitsu brésilien à l’âge de 15 ans grâce à un projet social. En 2008, on m’a proposé de venir en France, dans la région de Lille afin de développer le jiu-jitsu brésilien et de l’enseigner comme on nous l’enseigne au Brésil.

Comment as-tu commencé le jiu-jitsu brésilien ?

 J.P : Adolescent, j’étais déjà très grand, assez costaud et je travaillais comme videur et serveur (et oui ! dès l’âge de 15 ans…), à l’époque, les « mecs du JJB » se bagarraient beaucoup !

Il y avait des sortes de clans entre les clubs et les disciplines. Un jour ils ont essayé de rentrer là où je travaillais, je vous laisse imaginer la suite…

Les jours suivants, je suis allé m’inscrire dans un club de jiu-jitsu brésilien, et sans le savoir, je me suis rendu compte que le club était dirigé par les personnes avec qui je m’étais bagarré. Lors des premiers entraînements, tout le monde voulait ma peau (rires !).

Mais j’ai toujours eu un esprit de combattant, je suis resté motivé, les professeurs ont senti que j’étais investi et que je voulais apporter quelque chose au jiu-jitsu brésilien, c’est ainsi que mon premier entraîneur, Igor Da Silva, a commencé à m’enseigner le jiu-jitsu brésilien. Je suis toujours resté avec la même équipe, j’ai eu deux profs dans ma vie, initiation avec Igor, et ensuite Edinho. J’ai toujours représenté la Manimal Team.

Justement, on entend souvent parler de la Manimal Team, peux-tu nous en dire un peu plus ?

 J.P : Au Brésil, l’esprit de famille est très important, et ces valeurs sont aussi présentes dans le jiujitsu brésilien. Le « lignage », ce sont les personnes qui vous ont transmis les connaissances, c’est un peu comme le « pedigree ». Luís Carlos Mateus Dias, surnommé Manimal,  c’est le maître, il a reçu l’enseignement de Carlson Gracie et il l’a transmis à Edinho, je suis donc dans le lignage : Carlson Gracie – Luis Carlos Manimal – Edinho Edson Ferreira Jr. En fait, la Manimal Team, c’est l’école que l’on représente.

En 2008, pourquoi es-tu venu dans le nord de la France ? Quel était ton objectif ? Comment comptais tu l’atteindre ?

J.P : Un couple de français du Nord, qui s’est entraîné avec moi au Brésil pendant un an ma proposé de venir essayer de développer le JJB dans le Nord de la France il n’y avait pas vraiment de jiu-jitsu type compétition dans cette région. J’étais un jeune motivé, je ne connaissais personne et je ne parlais pas un mot de français, la seule et unique phrase que je connaissais était « Merci beaucoup » (rires), et je suis arrivé en France ! J’y suis resté pendant 9 mois. A cause de difficultés administratives, je suis retourné au Brésil. Je suis revenu en France en 2010 pour enfin développer mon activité.

A mon arrivée, il y avait uniquement un bon club dirigé par Guy Chotard, de l’équipe De La Riva qui enseignait le jiu-jitsu Brésilien.

Aujourd’hui, après 8 ans de projet, l’objectif que je m’étais fixé lors de mon arrivée en France est réalisé : celui d’enseigner et développer le jiu-jitsu brésilien en France. C’était également une opportunité de sortir, et de grandir dans ma vie, de pouvoir transmettre ma passion, et d’en vivre. Aujourd’hui, grâce à mon travail et à la confiance de mes élèves et de mes amis, j’ai accompli la moitié du chemin.

Trouves-tu qu’il y ait des différences entre le Jiu-jitsu Brésilien au Brésil et en France ?

 J.P : On peut faire un parallèle avec le Football, avant le Brésil dominait la discipline, mais avec le temps, il a du mal à garder sa place.

Il y a certains points sur lesquels le Brésil domine encore mais sur d’autres points les Français sont très forts. Au Brésil, les gens pratiquent le jiu-jitsu pour diverses raisons : pour apprendre à se défendre, se sentir bien, pour le développement personnel, par plaisir ou par passion. Il y a également beaucoup de compétiteurs qui donnent toujours plus et qui s’entraînent énormément, mais ils ne considèrent pas la ceinture noire comme un objectif ou une fin en soi.

En France les pratiquants sont parfois obnubilés par les grades, ils veulent absolument passer à la ceinture supérieure parfois sans même la mériter ! Au Brésil tu peux t’entraîner 10 ans, les pratiquants se moquent de la ceinture. Mais au-delà de ça, il n’y a pas réellement de différences avec le Brésil, il y a de très bons compétiteurs en France et en Europe.

Tu es arrivé en France il y a 8 ans, quel est ta vision du développement en France et dans le futur ?

J.P : Les choses évoluent très vite, lorsque je suis arrivé il n’y avait pas autant de clubs de JJB, pas autant de gradés, ni de personnes passionnées par le JJB, cet aspect ne cesse de croître et c’est une bonne chose.

Le problème c’est que maintenant, tout le monde veut manger une partie du gâteau. C’est surtout une guerre politique, de fédérations : j’ai déjà vu un article « Jiujitsu, Dit brésilien, ne-waza », ça m’a un peu choqué. La fédération de Judo a ouvert une fédération de ne-waza, la fédération de lutte aussi, qui est une fédération puissante avec le « grappling Gi et No Gi ».

Donc d’ici 10 ans il peut y avoir des guerres politiques, cette bataille pour s’approprier la discipline ne peut que lui nuire au niveau national et surtout au niveau international. Avec cette politique, le JJB ne deviendra jamais un sport olympique.

Aujourd’hui certaines compétitions coûtent très cher, ça peut monter jusqu’à 200 dollars pour une inscription. C’est très difficile pour les compétiteurs ! je suis compétiteur depuis 20 ans, à chaque compétition c’est 400 ou 500 euros avec les frais. Certains grands compétiteurs comme Ronaldo Jacaré, qui est quelqu’un que j’admire beaucoup, ou d’autres, ont arrêté parce qu’on ne vit pas de médailles.

Moi je souhaite encore faire des compétitions pour mes élèves et mon académie, mais tu imagines, tu dépenses 500 euros, tu vas aux championnats d’Europe, tu es entraîné et tu perds au premier tour. C’est encore plus dur.

Si tu veux une bonne médaille, un bon arbitrage, un beau t-shirt, une bonne organisation c’est normal de participer financièrement, mais il y a un équilibre à avoir.

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Jackson Paulo donnant cours à son académie à Lille

Jackson, peux-tu nous parler un peu de ton palmarès ? Es-tu encore compétiteur ?

J.P : J’ai été Champion du monde en 2010 et 2012, j’ai été champion d’Open d’Europe à 3 reprises (la dernière en 2018), j’ai gagné à plusieurs ceintures internationales en No-Gi et MMA.

jackson pauloJ’ai toujours beaucoup aimé la compétition, c’est un moyen de mettre du concret sur mon travail. Et puis aujourd’hui, j’ai une académie, j’aime accompagner mes élèves en compétitions, comme compétiteur, ça accroît notre esprit d’équipe, on se prépare ensemble, on se motive ensemble, on combat ensemble, on est une équipe soudée !

Peux-tu nous raconter un souvenir qui t’a marqué ?

J.P : C’était en finale de l’Open d’Europe à Lisbonne, en 2012, contre un très bon compétiteur qui est Marcel Bernardo. Il y avait plus de 2 000 personnes dans la salle, il y avait vraiment une belle ambiance et beaucoup de soutien pour mon adversaire. On était en demi-garde, j’ouvre une position qui permet d’offrir 2 points à mon adversaire, il monte pour prendre ces 2 points, tout le public s’exclame.

Mais c’était un piège, ça m’a permis de partir sur une clef de genou et de cheville en même temps et de remporter le combat.

Lorsque le public s’est rendu compte qu’il s’agissait d’un piège et que je remportais le match par clef de cheville, il y a eu un silence dans la salle, nous avions fait le déplacement avec 3 de mes élèves de Lille qui criaient ! Et à côté du tatami, il y avait Rodolfo Vieira qui m’avait coaché durant le combat, et qui est venu me féliciter pour la victoire. C’était une immense fierté pour moi.

Parmi les grands noms du jiu-jitsu brésilien, tu peux nous donner les trois premiers qui te viennent à l’esprit ?

 J.P : Alors je vais en citer un , c’est Rodolfo Vieira, parce que c’est un super champion, tant sur les tatamis que dans son attitude, c’est quelqu’un de très humble, gentil et sympa. Je conseille vraiment aux débutants et à ceux qui ne connaissent pas d’aller voir. C’est un très bon compétiteur, et humainement, c’est quelqu’un de très bien qui véhicule bien les valeurs du JJB. J’ai les mêmes mots pour Roger Gracie et Ronaldo Jacaré.

Un conseil que tu aurais aimé qu’on te donne lorsque tu as débuté ?

 J.P : Lorsque j’ai commencé le JJB, plusieurs choix se sont présentés à moi. J’ai vu le jiu-jitsu brésilien comme une porte de sortie, j’appris beaucoup de choses tant sur le plan professionnel qu’humain.

Mais réussir à vivre du jiu-jitsu aujourd’hui est très difficile, aujourd’hui je suis en Europe et je vois des élèves très motivés, amoureux du jiu-jitsu brésilien qui souhaitent également en faire leur métier.

Le conseil que je donne à mes élèves c’est de toujours garder l’esprit grand ouvert, classer les priorités : la famille, le travail, pour les plus jeunes c’est l’école. En France l’école est obligatoire et accessible à tous, c’est une chance ! Prendre le temps d’étudier, de se construire un avenir, comme au JJB : tu commences en blanche et tu grandis, tu évolues, tu mûries. Le sport est important, mais il y a beaucoup de choses à coté desquelles il ne faut pas passer.

Et d’un point de vu sportif, pour toi quel est le comportement à adopter pour un débutant au JJB ?

J.P : C’est très difficile pour un débutant d’apprendre le jiu-jitsu, il y a beaucoup d’informations dans l’apprentissage de la discipline : on apprend à utiliser son corps d’une manière différente, on se laisse parfois déborder par la motivation durant un an, deux ans et ensuite on abandonne.

Pour moi l’étape de la ceinture blanche c’est l’étape la plus difficile dans l’apprentissage du jiu-jitsu, il faut trouver le rythme et l’équilibre, ne pas aller trop vite ni se précipiter pour arriver à passer le cap de la blanche.

Vient ensuite le cap de la ceinture bleue, quand on arrive en ceinture bleue, on a l’impression de tout connaître et on oublie que c’est encore dans que le début de l’apprentissage. Puis il y a la violette et la marron, ce sont deux étapes où l’on a beaucoup donné, beaucoup de travail et d’investissement.

Les techniques que tu as le plus utilisées, développées, ou celles que tu préfères ?

J.P : (Rires) Tu sais, je me pose souvent la question lorsque je combats : je ne sais pas ! C’est une erreur, mais je laisse mon adversaire poser son jeu pour ensuite commencer à travailler.

Je travaille sur l’instinct. J’ai des grandes jambes : lors de mes débuts, et ce jusqu’à la ceinture bleue j’aimais beaucoup faire la garde fermée pour terminer sur un triangle, j’adorais cet enchaînement.

Une fois, je combattais pour la finale du championnat national au Brésil, cette compétition était très importante pour moi. Je commence le combat, et là : mon adversaire me tire dans sa garde fermée. Je regardais mon prof pendant le combat pour essayer de trouver une solution : je ne savais rien faire ! J’ai perdu cette finale à cause de ça.

Suite à cette compétition, Edinho m’a interdit de faire la garde fermée pendant 2 ans, ce qui fait qu’aujourd’hui je n’ai pas de préférences.

 

Interview réalisée par Baptiste & Mathieu

Mathieu, 27 ans, j'ai découvert la pratique du Jiu-Jitsu Brésilien il y a quelques années. Egalement passionné de web, j'ai allié mes deux passions pour créer un blog dédié à la pratique du JJB. L'idée du blog est de présenter des articles pouvant intéresser tous les pratiquants de Jiu-Jitsu Brésilien (tests de matériel, news ...)

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